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Paris n’est pas une fête

Dernière mise à jour : 11 juil. 2023


Paris,

Que dire de cette ville aux mille visages ?

Doit-on parler de ses défauts ? De tout ce qui la rend laide ? Ou bien, doit-on en faire l’éloge ?

Que se passe-t-il lorsque l’euphorie de la fête s’éteint, que de la fête il ne reste que des bribes d’images ?


Il est minuit à Paris, la fête bat son plein.

La fille danse, elle s’élance,

La fille rit, la fille embrasse,

Ses cheveux suivent les mouvements d’une musique effrénée,

La fille oublie le monde, s’attache aux sons lourds, à l’air humide et chaud d’une boîte où Paris n’est plus qu’un fond qu’elle ne voit plus.

La fille s’essouffle, elle n’entend pas le soleil frapper à la porte de Paris, elle n’entend pas Paris rompre le sommeil des gens endormis.

La fille s’essouffle et la fête, avec elle, cesse ses pas de danse, il est cinq heures.

Il est cinq heures, la fête est finie,

Il est cinq heures et Paris s’éveille.


De la fête, il ne reste que le goût amer de l’alcool, celui qui enivre le temps d’une nuit. De la fête, il ne reste que les cadavres des cigarettes écrasées sur les perrons de ces bars, où des lèvres rouges de la veille, il ne reste que leurs traces sur ces mégots abandonnés.

D’un coup, Paris est nourri par l’intensité des bruits, ceux des voitures, ceux des talons claqués sur les pavés éclairés par une lumière blanche d’un ciel gris, …

Paris vomit de ses bouches de métros béantes, des hommes et des femmes transportés par le devoir, courant après le temps, cherchant à le rattraper, et dont les yeux ne transpirent plus de la fête de la veille.


Paris n’est pas cette fête célébrant la vie, elle est la vie elle-même, elle est les couleurs grises et colorées d’une vie qui n’a de joyeux que ce qui ne la tourmente plus. Dire de Paris qu’elle est une fête est un euphémisme qui couche un voile transparent sur l’amertume et la fadeur de son authenticité.


Elle est la rencontre de ces inconnus qui se croisent sans se voir, elle est le carrefour des vies tristes et des vies heureuses, elle est l’idole des touristes, celle qui transpire l’amour et les balades, elle est le fléau des cyclistes, elle est le passé de certains, le futur d’autres.

Elle est ces bâtiments hauts et rectangulaires dont l’exiguïté des fenêtres donnent le tournis, ces mêmes immeubles qui contrastent avec ceux aux larges fenêtres, dont le soleil semble s’engouffrer sans jamais y ressortir.

Ces mêmes fenêtres derrière lesquelles se cachent ceux pour qui la fête est finie, ceux pour qui elle n’a pas commencé, et ceux pour qui elle ne commencera jamais.

Paris est une fête pour ceux qui croient pouvoir la consumer, mais Paris ne se consume pas.

La fête s’essouffle mais Paris reste.

Elle nourrit les illusions puis déçoit, elle déçoit puis ravit.

Paris est le tableau de la vie, celle qui est douloureuse, celle qui fait sourire, chanter et pleurer. Paris est bien trop grande pour n’être qu’une fête.

L’éphémérité de l’homme l’entraîne vers l’euphorie, celle des plaisirs que l’on croit constant mais qui s’arrêtent le jour levée.


Paris est éternellement frustrante, elle est une chimère se donnant en spectacle et faisant miroiter la lourde réalité.

L’aigreur de cette ville contraste par la douceur de ses beaux jours, la diversité de ses paysages et l’engouement de ses habitants sont le reflet d’un Paris qui ne connaît pas de limites.


Un Paris qui, passée la frénésie de la fête continue de marcher aux sons de la banalité ; une banalité qui garde ses pieds sur terre et qui ne laisse aux yeux humains que la contemplation d’un Paris noyé dans le paradoxe du calme de ses bruits.

Paris et ses méandres, Paris et ses ombres, Paris et ses rues sales abritent une humanité qui ne cessera jamais de vivre, une humanité transpirant de vices qui ne peuvent se laver, de problèmes qui ne peuvent se dissoudre dans l’agitation d’une fête.

La béatitude de la fête nous échappe à l’aune de la permission que Paris nous accorde d’échapper à l’obligation du bonheur.


La simplicité d’une fête où se mêle rire et extase, oubli et jubilation, émancipation des conventions, trouve sa place dans un Paris qui tait sa nature, le temps d’une nuit.

Mais sa complexité revient vite, la fête n’est jamais perpétuelle, elle s’essouffle puis s’éteint.


Ceux qui dansent se réveillent toujours,

Paris n’a pas changé, mais la fête est finie.

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